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  Animation Scientifique Exploratoire « Affectivités, Identités, Urbanité » Projet porté par Jean-Paul Rocchi (LISAA, SEA)
 
 
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Animation Scientifique Exploratoire « Affectivités, Identités, Urbanité »

Projet porté par Jean-Paul Rocchi (LISAA, SEA)

 

Colloque SEA, LISAA, Programme AS-Exploration

26-27 septembre 2024, Université Gustave Eiffel

Comité scientifique : Marie-Françoise Alamichel, Olivier Brossard, William Dow, Lionel Dufaye, Jean-Paul Rocchi.

                Dans le cadre de ses travaux sur la ville, thématique de recherche privilégiée de l'Université Gustave Eiffel, l'équipe interne Savoirs et Espaces Anglophones (SEA, LISAA) se propose d'organiser un colloque interdisciplinaire et transculturel consacré à l'étude des rapports qu'entretiennent les affects et les espaces, matériels et immatériels. Nous souhaitons associer les chercheur.e.s intéressé.e.s des autres équipes internes du LISAA ainsi que celles et ceux d'autres composantes de recherche, tels que, par exemple, les historiens/historiennes et les géographes du Laboratoire ACP. Ce colloque sera la première étape d'un programme plus ambitieux, sur cette même thématique et décliné sous la forme d'un séminaire favorisant l'inter-connaissance, l'exploration méthodologique, et à terme la production d'ouvrages collectifs.

            La perspective retenue pour cette première étape du colloque est celle de la spatialisation, urbaine en premier lieu, des affects et de leur circulation dans le cadre des constructions culturelle, sociale et politique des identités individuelles et collectives. En effet, si la littérature théorico-critique récente s'est penchée sur le rôle des affects dans la formation des identités sociales, souvent au prisme d'une phénoménologie de l'émotion centrée sur son expression, la dimension générative de l'affect, ce qu'il produit, ce qu'il participe à créer sur le plan des espaces et des affiliations identitaires qui s'y dessinent est moins étudié. Creuset historique d'une densité émotionnelle à organiser, la ville est un espace de création, de réinvention qui, par analogie ou métaphorisation, se prête particulièrement bien à une telle approche : deux de ses traits définitoires, l'interconnexion et la mobilité (De Certeau)[1] sont aussi ceux qui caractérisent le système des affects tel que l'analyse le psychologue américain Silvan S. Tomkins auteur de l'important Affect Imagery Consciousness (1962-63 ; 1991-92)[2].

            Dans son travail, Tomkins conçoit les affects comme étant au fondement du comportement humain, de l'intentionnalité qui détermine l'action et dont ils amplifient la portée. Synthétisé dans la formule « no affect is an island », il en décrit le fonctionnement comme interconnecté, interpersonnel, social et idéologique. Dans ce cadre, l'expression et la production des affects sont tout autant conditionnées par l'environnement que ce dernier participe de la soutenabilité des activités humaines. Dès lors, les affects positifs (intérêt, curiosité, excitation, joie, plaisir) sont par exemple envisagés comme des agents « spatialisateurs »[3] des relations, telles qu'elles sont  mises en jeu dans la production du discours oral (doublement déterminé par la charge affective de l'intention et de la réception attendue) et le processus créatif de l'écriture qui, poétique ou dramatique, se déploie par les affects dans la représentation et l'action. De même, amplificateurs de la douleur et de la souffrance, les affects négatifs (colère-rage ; détresse-angoisse ; peur-terreur ; honte-humiliation ; mépris ; dégoût), valent aussi pour leur générativité et sont de possibles vecteurs de la réforme individuelle et sociale, ainsi qu'en témoignent les mouvements de protestation et les mobilisations collectives. Les affects n'ayant pas, pour Tomkins comme pour Spinoza, de valeur intrinsèque ou spécifique et pouvant s'attacher à n'importe quel objet, cette valeur de générativité est cependant relative et conjoncturelle. Qu'en est-il du système des affects, de sa mise en réseau, en espaces, en relations, quand il n'est pas a priori congruent avec un système de valeurs donné tel que la ville peut aussi le porter ?

            En contrepoint exact du concept médiéviste de « communauté émotionnelle »[4] désignant l'harmonie entre l'identité plurielle du sujet et celles de sa communauté, la ville peut également se lire, non plus à l'aune de la création et de la réinvention, mais comme l'espace d'une circulation contrainte et d'une canalisation imposée des affects, articulant à la problématique de l'affectivité, de l'urbanité et de l'identité la question fondamentale de la liberté. Ainsi, si les lieux de socialisation minoritaire, notamment genrée et sexuelle, de culture, d'expression artistique, de production intellectuelle, scientifique, académique ou éducative pourront être étudiés pour les libres circulation et diffusion affectives qu'ils permettent, les espaces de privation de liberté tels que la prison, l'hôpital psychiatrique ou le ghetto, seront tout aussi utiles pour appréhender les rapports entre affects et espaces et la façon dont les systèmes de valeurs les saisissent dans la construction contrôlée des identités sociales, culturelles et politiques. C'est, par exemple, au croisement de la peinture naturaliste, de la géographie culturelle et de la sociothéraphie, ce à quoi Ralph Ellison s'exerce dans son article « Harlem Is Nowhere » (1948)[5], le non-lieu de la « métropole noire » traduisant le chaos social et individuel qui résulte de la fabrique des marginalités et de la multiplication erratique et en vase clos des affects négatifs. Dans un autre contexte de domination ethno-raciale et politique, Frantz Fanon développera une analyse similaire au sujet de la « ville compartimentée » dans la situation coloniale (1961)[6]. C'est alors que, comme dans les représentations picturales des villes en ruines, en feu, ou détruites par la guerre, où la survivance tient à la rémanence mélancolique de l'affect, la ville entrevoit sa propre fin et peut-être sa reconstruction. Ambivalent, cet espace que l'affect crée entre l'objet et le sujet, entre l'histoire et la mémoire, entre la scène et le spectateur, entre le texte et le lecteur, le thérapeute et son patient, est celui qui nous intéresse. Affecté, l'espace des villes et des subjectivités qui l'habitent[7].

 

 

“Affectivity, Identity, and Urban Matters”

            The conference “Affectivity, Identity, and Urban Matters,” intends to gather together researchers in the Humanities and Social Sciences from the Université Gustave Eiffel and beyond who have an interest in the research subject of the city and of city life. The conference will focus on the rapport between affects and spaces, be they material or immaterial. Veering away from a strictly phenomenological approach of emotions as they are expressed, the first aspect to be studied will be about the urban spatialization of affectivity as it takes place in identity-formation in sociopolitical and cultural settings. The originality of this outlook lies in the fact that affects have been until recently studied for their role in the building-up of social identities and less so for the spaces and identities they may generate. As an intense crucible of emotions to be tamed, the city is a space particularly fit for such an analysis as two of its defining features – interconnection and mobility (De Certeau[8]) – are also those characterizing the system of affects according to the American psychologist Silvan Tomkins in his work of note Affect Imagery Consciousness(1962-63 ; 1991-92).[9]

            In his work Tomkins conceives affects as being at the very basis of human behavior, of an intentionality triggering action and reinforcing its effect. According to Tomkins for whom “no affect is an island” affectivity is per se interconnected, interpersonal, social and ideological. Be theyexpressed or produced, affects in this respect are being determined by their environment as much as this environment influences human activities. Positive affects are thus looked upon as agents “spatializing” relations such as those displayed in speech acts where both intentionality and reception are affective or in creative writing, highly affective in its representation modes should they be poetic or theatrical. In a similar way negative affects which tend to amplify pain and suffering are generative in an instrumental manner since they can mediate important individual and social changes as protests and collective mobilizations testify to.

            The medievalist concept of “emotional community”[10] refers to the attunement between the subject's different social identities and those of his/her community. But instead of attunement, or even of creation and reinvention, the city can be the space of a constraining circulation of affects. The problematization of affectivity, urban matters and of identity therefore needs to also include the question of freedom. Such an articulation will be fathomed out in social spaces dedicated to minority social-groups, particularly gender-related and sexual, to artistic and cultural production, or to educational activities and to knowledge production. In parallel, constraining structures or spaces restricting freedom such as sites of incarceration, psychiatric institutions or urban ghettoes will be as much cornerstone for analyzing the rapport between affectivity and spatialization but also the way this rapport is being used in the monitored construction of cultural and sociopolitical identities.

 

             

Conférencier.e.s plénier.e.s

 

  1. Carnaille, Université de Genève, Suisse

 

Titulaire d'un Doctorat en Langues et Littératures françaises et latines médiévales de l’Université de Genève, consacré au Jeu des émotions dans la littérature française médiévale (2021), Camille Carnaille est postdoctorante au sein du projet  « Canoniser les Sept Sages » (UNIGE-ULB). Elle découvre les enjeux de l’édition et en particulier de l’édition numérique dans le cadre du travail mené sur le Roman de Pelyarmenus, tout en restant attentive à l’ensemble des continuations, aux constructions sérielles, ainsi qu’aux questions des codes comportementaux et émotionnels, avec toutes leurs nuances d’objectifs et de genre, qui animent le cycle. Elle a notamment publié :

- Le Jeu des émotions dans la littérature médiévale française. Du Bel au Faux Semblant, Paris : Garnier, 2023.

- « Entre communautés courtoises et émotionnelles, l’affect au cœur de la courtoisie », Encomia. Interdisciplinary Journal of International Courtly Literature Society 43 (2019– 2021), pp. 59-73.

- « Semblant et émotion : Réflexions autour de la mise en scène émotionnelle », dans Les émotions au Moyen Âge : un objet littéraire, dir. Michèle Guéret-Laferté, Didier Lechat et Laurence Mathey-Maille, Genève : Droz, 2021.

- Avec Guillemette Bolens, Yasmina Foehr-Janssens, Laurent Jenny et Jean-Yves Tilliette [dir.], Les Gestes de l’art. Quatrième rencontre internationale Paul-Zumthor, Genève, 27-29 novembre 2014, Paris : Garnier, 2020.

- « L’art du geste entre esthétique et émotion », dans Les Gestes de l’art. Quatrième rencontre internationale Paul-Zumthor, Genève, 27-29 novembre 2014, dir. Guillemette Bolens, Camille Carnaille, Yasmina Foehr-Janssens, Laurent Jenny et Jean-Yves Tilliette, Paris : Garnier, 2020, pp. 29-37.

- « Du contrôle des émotions : entre préservation du corps, moralité et enjeux chevaleresques », dans « Entre le cœur et le diaphragme ». (D)écrire les émotions dans la littérature narrative et scientifique du Moyen Âge, dir. Craig Baker, Mattia Cavagna et Grégory Clesse, Louvain-la-Neuve : Presses de l’Université catholique de Louvain, 2018, pp. 153-168.

- « Simulatio et Dissimulatio. Le jeu des émotions dans la littérature française médiévale », écho des études romanes XIII/2 (2017), pp. 67-80.

- « Les émotions face à l’altérité », Cultures de l’autre : rencontre, rejet et échange. Questes 35 (2017), pp. 133-148. 

- « Gauvain et la nourriture : au service d’une parodie des valeurs arthuriennes », dans Le personnage de Gauvain dans la littérature médiévale européenne, dir. Marie-Françoise Alamichel, Amiens : Presses du Centre d’études Médiévales de Picardie, 2015, pp. 107-120.

 

 

Claire Hancock, Université Paris-Est Créteil / LAB'URBA (UGE), France

 

Ancienne élève de l'Ecole normale supérieure, agrégée, docteur en géographie, est Professeure des Universités à l'UPEC. Géographe de formation et de conviction, elle y enseigne depuis 1998. Une délégation à l’Institut Universitaire de France de 2010 à 2015 lui a permis d’élargir ses lectures en sciences sociales et de discuter une HDR intitulée « Pour une géographie de l’altérité. Corps de l’Autre et espaces du subjectivation politique » (2011). Depuis 2013, elle co-anime avec Serge Weber (UGE, Analyse Comparée des Pouvoirs) le groupe transversal JEDI (Justice, Espace, Discriminations, Inégalités) du Labex Futurs Urbains. Elle fait partie du réseau INSPIRE, International Network on Space and Power Relations, animé par Marylène Lieberet Karine Duplan (Université de Genève). Ses domaines de recherche comprennent notamment : le genre et les approches intersectionnelles de la production et des pratiques de l’espace ; la justice spatiale et les enjeux de la différence ; les politiques municipales d’égalité et inclusivité ; les approches critiques en géographie, les géographies anglophones et la traduction ; les méthodologies et épistémologies féministes. Sa recherche se situe au croisement des études urbaines et des études de genre et interroge à la fois la production de l’espace urbain en tant que processus genré et la production du genre en tant que processus spatial. Les perspectives théoriques les plus pertinentes pour ce faire sont l’intersectionnalité et la justice spatiale, puisque les questions de genre ne peuvent être séparées d’enjeux de race, classe, âge, handicap… qui complexifient le travail de mise en œuvre concrète dans l’aménagement et la gestion des villes, mais sont indispensables à prendre en compte sous peine de reconduire des exclusions. Elle conduit à la fois des études comparées de politiques publiques d’égalité en Europe (région parisienne, Berlin, Barcelone) et dans les Amériques (Montréal et Mexico, notamment) et des travaux empiriques plaçant au centre de la réflexion sur l’urbain les expériences de marginalisation, le travail de reproduction sociale et l’agentivité de femmes racisées. Ce travail s’ancre très fortement dans les espaces de proche banlieue de l’Est parisien en particulier.

 

 

Rozena Maart, University of KwaZulu-Natal, South Africa

 

Rozena Maart was born in District Six, the former slave quarter of Cape Town, South Africa. Her family along with thousands were forcibly removed in 1973 due to the Groups Areas Act, which was followed by the apartheid government’s Forced Removal Act. She went to the University of the Western Cape [UWC] for her undergraduate years. Maart took her Masters’ degree at the University of York in the UK, and her PhD at the Centre for Contemporary Cultural Studies at the University of Birmingham, UK. Her work examines the intersections between and among Political Philosophy, Black Consciousness, Derridean deconstruction and psychoanalysis, all of which address questions of race, gender, sexuality, coloniality and identity. In 1987, at the age of 24,  she was nominated to the “Woman of the Year,” award in South Africa for her work in the area of gender-based violence and for starting with four women the first Black feminist organisation in South Africa: Women Against Repression [W.A.R.].  

Professor Maart also writes fiction and is the winner of “The Journey Prize: Best Short Fiction in Canada,” 1992. She was also a member of the Biko, Rodney, Malcolm Coalition, and a founding member of The Biko Institute in Canada. Her fiction books have made the African Studies Association short-list for the Aidoo-Snyder Book Prize in honour of Ama Ata Aidoo in 2010, the HOMEBRU list in South Africa in 2006 and the best seller list in Canada in 2005. Professor Maart has published several books, journal articles and book chapters, and recently edited, Decoloniality and Decolonial Education: South Africa and the World.  She wrote the Race chapter for South Africa’s first Sociology textbook in 2015 and has supervised students in Philosophy, Literature, Fine Arts, Psychology, Education, Politics, International Relations, Law and Gender Studies.  

In 2016, she received the William R. Jones lifetime achievement award from Philosophy Born of Struggle. In 2017, she received both the Research Excellence Award and the Student Mentorship Award from the Humanities Faculty of the University of KwaZulu-Natal. In January 2019, she was appointed as a Research Ambassador to the University of Bremen in Germany. In January 2021 the Caribbean Philosophical Association awarded her the Nicolás Cristóbal Guillén Batista Lifetime Achievement Award for her contribution to literature and Philosophy. In January 2022, Rozena Maart was appointed as a Mercator Fellow to the Contradiction Studies Programme, at the University of Bremen, Germany.

 

Nicholas Manning, Université Grenoble Alpes, France

 

Nicholas Manning is Professor of American literature at Université Grenoble Alpes and a member of the Institut universitaire de France. A graduate of the École Normale Supérieure (Ulm), he is the author of several monographs such as Rhétorique de la sincérité. La poésie moderne en quête d’un langage vrai (Champion 2013) and various articles in journals such as Textual Practice or Transatlantica. Editor in chief for literature, aesthetics and philosophy of the Revue Française d’Études Américaines and founding editor of The Continental Review, his current five-year research grant (2021-2026) at the IUF is entitled “American Literature and Therapeutic Culture: Rethinking Literary Creation Through Psychologies of the Self From the 1850s Until Today”. His new monograph is entitled The Artifice of Affect: American Realist Literature and Emotional (Edinburgh University Press, 2023).

 

 


[1] Michel de Certeau, L'Invention du quotidien, 1 : arts de faire, Paris, Gallimard, (1980) 1990.

[2] Silvan S. Tomkins, Affect Imagery Consciousness – The Complete Edition, New York, Springer Publishing Company, 1962-63 ; 1991-92. Cf. aussi Adam J. Frank & Elizabeth A. Wilson, A Silvan Tomkins Handbook – Foundations for Affect Theory, Minneapolis, MN, The University of Minnesota Press, 2020.

[3] On emprunte le terme à la musique acoustique qui par la spatialisation étudie l'impression d'espace que le son peut créer.

[4] Barbara H. Rosenwein, Emotional Communities in the Early Middle Ages, Ithaca, NY, Cornell U.P., 2006.

[5] Ralph Ellison, « Harlem Is Nowhere », in Shadow and Act, New York, Vintage Books, 1964.

[6] Frantz Fanon, Les Damnés de la terre, Paris, Maspero, (1961) 1976.

[7] Amy L. Stone & Jaime Cantrell, Out of the Closet, Into the Archives: Researching Sexual Histories, New York, SUNY Press, 2015.

[8] Michel de Certeau, L'Invention du quotidien, 1 : arts de faire, Paris, Gallimard, (1980) 1990.

[9] Silvan S. Tomkins, Affect Imagery Consciousness – The Complete Edition, New York, Springer Publishing Company, 1962-63 ; 1991-92. Cf. aussi Adam J. Frank & Elizabeth A. Wilson, A Silvan Tomkins Handbook – Foundations for Affect Theory, Minneapolis, MN, The University of Minnesota Press, 2020. 

[10] Barbara H. Rosenwein, Emotional Communities in the Early Middle Ages, Ithaca, NY, Cornell U.P., 2006.


  ISBN
 2024
 

Projet porté par Jean-Paul Rocchi (LISAA, SEA)

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